A la rencontre des nouveaux visages du CA !
Renouvelé chaque année en avril, le Conseil d’administration du Comité du cœur réunit des artistes membres de la Sacem autour d’une même mission : faire vivre la solidarité. Sauvane Delanoë et Fabien Veyriras, respectivement autrice et compositeur, ont choisi de s’y investir. L’une l’a rejoint l’an dernier, l’autre cette année. Rencontre avec ces deux nouveaux membres du CA qui nous ouvrent les coulisses de leur engagement, porté par une certitude : l’entraide est indispensable entre créateurs et créatrices.
Pouvez-vous vous présenter et raconter vos parcours respectifs ?
Sauvane : A l’origine, je suis adaptatrice de dialogues de doublage. C’est comme ça que je suis entrée à la Sacem en 1994, j’avais 16 ans. Je suis devenue sociétaire professionnelle en 2019. Mon cœur de métier, c’est le doublage mais j’écris aussi des chansons. Au départ, c’était dans le cadre de demandes d’adaptation de doublage. Puis j’ai écrit un opéra rock en 2003 après avoir participé aux rencontres d’Astaffort en tant qu’autrice stagiaire. C’était un opéra rock solidaire qui traitait de l’exclusion, ça s’appelait “Providence” et tous les bénéfices des deux représentations qui se sont produites au Trianon ont été reversés à Emmaüs. J’avais déjà la volonté de me rendre utile à travers la création. J’ai aussi collaboré avec un finaliste de The Voice pour qui j’ai fait un single “Mes racines et mes ailes”. Je fais aussi vivre mes chansons en les chantant moi-même.
Fabien : Je suis accordéoniste-chanteur. Il y a vingt ans, lors d’une prestation, j’ai rencontré des auteurs-compositeurs qui m’ont dit « Tiens, je ne sais pas si tu connais la Sacem, tu devrais peut-être t’inscrire et on pourrait faire des chansons ensemble. Tu verras, au moins tu chanteras des chansons qui t’appartiennent. » Je les ai écoutés, je me suis inscrit et j’ai composé avec plein d’auteurs.
J’ai été récompensé par mes pairs à travers le Grand Prix Jean Ségurel et les Grands Prix Sacem au début des années 2000. Cela m’a permis de rencontrer des gens comme Jacques Demarny qui m’a remis tous ces prix, ainsi que le prix Francis Baxter en 2010, porté par le Comité du cœur. C’est ici qu’a commencé mon histoire avec le Comité du cœur. Jacques m’a expliqué ce qu’était le Comité du cœur car je ne connaissais pas à l’époque. Il m’a dit que c’était une cotisation à hauteur de 0,5 % des droits d’auteur et quelques années plus tard j’ai rejoint l’association.
Pourquoi avez-vous souhaité vous engager auprès du Comité du cœur ?
Sauvane : Je ne me rappelle pas ma première rencontre avec le Comité du cœur. Au départ, j’étais sociétaire professionnelle mais je n’avais pas pris part au fonctionnement de la maison Sacem. Puis mon fils est devenu musicien et mon métier, qui était principalement du doublage, s’est davantage orienté vers la musique grâce à lui. Il m’a fait rencontrer plein de sociétaires et notamment des musiciens et musiciennes qui faisaient partie du Comité du cœur.
Ensuite, j’ai continué à m’investir dans la maison en me présentant à des Commissions de la Sacem, notamment la Commission mémoire et patrimoine où j’ai eu le grand bonheur de collaborer avec Arlette Tabart et Claude Lemesle notamment. Ça a été l’occasion de reparler du Comité du cœur. Au départ, ma première vraie rencontre avec le Comité du cœur a été le fait que j’en ai eu besoin, ils m’ont sortie de la panade à plusieurs reprises.
Après, est venue la volonté de m’engager à mon tour parce que ça me paraissait important de rendre un peu de ce qu’on m’avait donné et de me rendre utile au sein de l’association.
Fabien : L’action de l’association est portée en faveur des personnes en difficulté, sujet qui m’a toujours préoccupé. Pendant la crise du COVID, le Comité du cœur nous a par exemple apporté son soutien en instaurant un fonds de secours exceptionnel. Ça m’a montré que le Comité du cœur, c’est un peu magique. Même si, dans notre carrière, tout va bien, on ne sait jamais ce qui peut arriver. Il y a eu le COVID, on peut avoir des problèmes de santé ou autre, et c’est important de savoir que le Comité est là pour nous soutenir. Je trouvais donc essentiel de m’impliquer.
Mes droits d’auteur me permettent de vivre donc je trouve normal de m’investir pour celles et ceux pour qui ce n’est pas ou plus le cas. Moi-même j’ai été content de pouvoir être aidé en 2020 par le Comité.
Sauvane, vous avez fêté en avril votre première année de mandat en tant qu’administratrice, avez-vous un souvenir qui vous a marqué depuis votre élection ? Quels projets avez-vous souhaité mener ?
Sauvane : Ce qui me marque beaucoup, c’est de voir l’engagement de tous ces gens autour de moi. Ces personnes influentes du métier qui sont énormément impliquées et engagées dans l’aide à leur prochain et à leurs collègues. Je trouve cela très émouvant et très galvanisant parce qu’il y a une vraie énergie, une vraie volonté d’aider. On se plie en quatre, on cherche des solutions, il y a beaucoup d’envie. Malheureusement, aujourd’hui on a de moins en moins de membres notamment parce que les jeunes créateurs et créatrices connaissent encore trop peu le Comité du cœur.
Voilà pourquoi, je travaille surtout sur la communication de l’association. Avec Erick Benzi, on cherche à créer des façons de communiquer auprès de la jeune génération. L’objectif est de mener des campagnes de communication innovantes afin de réveiller l’engagement des personnes qui ne sont pas encore membres.
Fabien, vous avez été élu cette année, comment se passent ces premiers mois de mandat ?
Fabien : J’ai été élu avec beaucoup de surprise et de fierté ! C’est formidable d’être avec des personnes qui sont là depuis longtemps et qui ont une vraie expertise comme Arlette Tabart et Claude Lemesle.
C’est tout récent donc pour l’instant je suis dans la phase de découverte. Je ne suis pas encore dans la Commission Chevalier, qui s’occupe de traiter les demandes d’aides, parce qu’il faut que j’appréhende davantage le fonctionnement de l’association. Mon rôle est donc de faire le relais, notamment avec le secteur accordéonistique et avec les personnes qui me font part de leurs difficultés.
Étant donné que j’ai eu la chance d’être élu, je vais participer aux décisions du Conseil d’administration et travailler sur les orientations de l’association. Je veux contribuer à la solidarité entre créateurs et créatrices et inciter le plus grand nombre à nous rejoindre. C’est une petite contribution en termes de droits d’auteur et le jour où vous avez un souci, on est là.
Que diriez-vous aux personnes qui hésitent à adhérer au Comité du cœur ?
Sauvane : Je crois qu’il n’y a pas à hésiter. D’abord parce qu’on ne sait jamais, qu’on soit confirmé, professionnel, définitif, on peut avoir besoin du Comité du cœur. J’étais sociétaire professionnelle quand j’ai fait appel à l’association. J’avais eu un parcours plus ou moins sans encombre jusqu’à ce moment-là. On ne sait jamais de quoi l’avenir est fait. Égoïstement, c’est un peu la chanson des Restos : « si nous pensons à vous, c’est en fait égoïste, demain peut-être nos noms grossiront la liste ». C’est ce que chante Jean-Jacques Goldman qui, par ailleurs, est au Comité du cœur. Il faut être lucide et ne pas se voiler la face, il y a des risques auxquels chacun d’entre nous peut être confronté. Et quand c’est le cas, on est content que d’autres aient eu la volonté de s’engager.
Il faut remettre cela dans le contexte : sur 100 euros de droits d’auteur, 0,5 % des droits d’auteur c’est 50 centimes. Si on perd une pièce de 50 centimes dans la rue une fois tous les trois mois, on ne va pas s’en offusquer. Donc il n’y a même pas à hésiter, pour soi-même mais surtout pour les autres. Ce sont nos amis, nos collègues, des créateurs et créatrices comme nous qui vivent peut-être des difficultés. Il y a des embûches, des maladies, le grand âge.
Fabien : Je pense que si les personnes hésitent, c’est qu’elles ne se rendent pas compte de l’importance que peut avoir cette association lorsqu’on est en difficulté. Au fil des années, quand je me suis aperçu de ce qui pouvait se passer grâce au Comité du cœur, j’ai été très impressionné. Il y a eu, l’année dernière, près de 270 000 euros d’aides distribuées ! Et puis il y a aussi l’action de soutien aux associations qui vont par exemple jouer dans les hôpitaux ou encore les places dédiées à la Maison nationale des artistes à Nogent.
Je pense qu’il y a beaucoup de sociétaires qui n’ont peut-être pas connaissance de ce Comité du cœur et c’est pour ça qu’ils ne se rendent pas compte de ce que la moindre participation peut engendrer. On est fiers et touchés par cette association quand on participe et qu’on en connaît le fonctionnement. Et puis, on ne sait pas ce qui peut nous arriver demain. C’est à nous, membres de l’association et du Conseil d’administration, d’en parler pour que beaucoup de gens participent et s’impliquent.
Est-ce que vous avez quelque chose à ajouter ? Un petit mot pour conclure ?
Sauvane : Le Comité du cœur offre aussi l’occasion de parler de la réalité des métiers de la création et du besoin de créer des ponts avec le public. Le public a aussi un rôle à jouer. Parce que si le public est là dans les salles, s’il achète des disques, ça génère du droit d’auteur pour des gens qui sont au Comité du cœur et qui vont pouvoir à leur tour aider d’autres artistes. Donc le public n’est pas si loin de notre action car, en faisant vivre la culture, il nous permet de faire vivre la solidarité entre créateurs. Parce que sans le public, il n’y a pas de droits d’auteur et sans droit d’auteur, il n’y a pas de Comité du cœur.
Fabien : J’aimerais parler des prix décernés par le Comité du cœur. Je suis dans l’académie du Prix Baxter qui récompense des jeunes accordéonistes, puisque les récipiendaires des précédentes années participent à l’élection du prochain ou de la prochaine lauréat·e. Ces prix aussi sont importants, car ils récompensent des artistes et promeuvent leur carrière. Cette reconnaissance par les pairs est précieuse. On se dit qu’on a écrit des chansons et que notre art a été récompensé : ça encourage à continuer. C’est énorme pour les auteurs, autrices, compositeurs et compositrices, parce qu’on a des moments de doute. C’est réconfortant de recevoir de tels prix. C’est vraiment magique.




