22 avril 2026 | Partenariat

La solidarité des artistes à l’hôpital Sainte-Périne

Depuis 2011, l’artiste Chantal Lavallée arpente les couloirs de l’unité de soins de longue durée de l’hôpital Sainte-Périne. À travers son action de « musique au chevet », elle offre aux patients âgés, souvent isolés, des moments d’évasion et de partage. Soutenue par le Comité du cœur et portée aujourd’hui par l’association Tournesol après avoir été initiée par Musique et Santé, cette présence artistique régulière est une passerelle entre le soin et l’émotion.

Le couloir est calme, presque suspendu. À l’hôpital Sainte-Périne, seuls quelques bruits feutrés viennent troubler le silence des chambres. Puis une silhouette apparaît, une guitare en bandoulière, un sourire discret : Chantal Lavallée est là. Depuis 2011, elle arpente avec une fidélité rare les couloirs de l’unité de soins de longue durée, apportant avec elle bien plus que de la musique. Elle offre une présence, une écoute, une respiration dans le quotidien des patients âgés, souvent isolés. 

Le relais entre associations partenaires

Cette histoire de rencontres et d’émotions aurait pu s’interrompre. À l’origine, l’intervention de Chantal Lavallée était portée par l’association Musique et Santé, soutenue par le Comité du coeur. Lorsque celle-ci a cessé son activité sur place, un vide s’est dessiné, menaçant de rompre un lien pourtant devenu essentiel. À Sainte-Périne, les équipes le savent : ces moments de « musique au chevet » ne sont pas accessoires, ils font partie intégrante de l’accompagnement. Il fallait donc trouver une solution pour préserver cette présence si particulière.

C’est dans ce contexte que l’association Tournesol a pris le relais, assurant la continuité du projet. Ce passage de relais a pu se concrétiser grâce à l’engagement décisif du Comité du cœur, qui soutenait déjà l’action et qui a accepté d’en transférer le financement afin de garantir sa pérennité. « L’hôpital nous a demandé si on pouvait reprendre le projet, parce que les patients ont créé des liens avec Chantal et qu’ils attendent cette présence continue », raconte Joseph Labbé, directeur de Tournesol, avant de rappeler le soutien déterminant du Comité : « C’est super qu’un mécène soit aussi compréhensif et ait vraiment en tête cette nécessité de garder les projets vivants ! Merci au Comité du cœur pour ce soutien, c’est vraiment précieux ». Grâce à cette chaîne de solidarité, près de 80 heures de présence artistique par an peuvent être maintenues auprès des patients les plus fragiles.

Une musique au chevet unique en son genre 

Dans les chambres, loin de toute logique de spectacle, Chantal Lavallée installe une relation intime, presque confidentielle. Elle frappe, entre, s’approche, observe. Sa guitare suffit à signaler qu’elle vient offrir autre chose qu’un soin : un moment de liberté. « L’objectif est de créer un lien personnel. On peut dire que ça s’appelle une musique au chevet », explique-t-elle. Ici, chaque rencontre est unique. Une photo accrochée au mur, un mot échangé, une langue maternelle retrouvée orientent le choix des chansons. Un répertoire créé sur mesure ! Cela peut aller des tubes d’antan jusqu’à des improvisations soudaines inspirées de l’échange du moment ou de la décoration d’une chambre.  Chantal chante en italien, en espagnol, parfois dans des langues africaines, pour toucher cette « mémoire affective ancienne » qui résiste souvent là où tout le reste vacille.

Peu à peu, quelque chose se transforme. Le patient ne se définit plus uniquement par sa maladie ou sa dépendance. Il devient acteur de l’instant. Il fredonne, improvise, se souvient, raconte. « La musique permet de retrouver une part d’identité et de donner aussi une autre image de soi », confie Chantal Lavallée. Pendant quelques minutes, la chambre s’ouvre sur un ailleurs, et la personne retrouve une place pleine, vivante.

 Un rayonnement qui touche aussi les soignants

Cette transformation ne touche pas seulement les patients. Elle rayonne aussi sur les équipes soignantes, qui redécouvrent, à travers ces moments, les personnes qu’elles accompagnent au quotidien. Une voix inattendue, une émotion partagée, un sourire nouveau viennent bousculer les habitudes : « Je ne savais pas qu’elle chantait aussi bien », entend-on parfois entre collègues. Chantal Lavallée travaille d’ailleurs avec les soignants pour transmettre cette approche, en montrant comment le chant peut apaiser une tension, notamment lors de soins délicats. « Le fait de chanter va tout de suite créer un autre lien. La personne va se détendre et s’abandonner autrement », confie-t-elle. La musique devient alors un prolongement du soin, une manière d’humaniser la relation et de réintroduire de la douceur dans des gestes parfois difficiles. 

Ainsi, au fil des années, la présence de Chantal Lavallée s’est imposée comme un élément discret mais essentiel de la vie du service. Elle incarne ce que la solidarité artistique peut apporter à l’hôpital lorsqu’elle est soutenue dans la durée. Derrière chaque chanson, il y a une rencontre. Derrière chaque rencontre, un engagement collectif : celui de Tournesol, qui a su prendre le relais au bon moment, et celui du Comité du cœur, qui a permis que cette histoire continue de s’écrire. Et dans les couloirs de Sainte-Périne, entre deux portes, il suffit encore aujourd’hui de quelques accords de guitare pour rappeler que, même à l’hôpital, la musique a toute sa place.

Pour soutenir les actions du Comité du cœur, c’est par ici : https://soutenir.comiteducoeur.org/b/mon-don?_cv=1

 

Claude Lemesle par Marc Chesneau
Crédit photo : Marianne Fortunato